Décryptage du « 419 scam » la ruse nigériane qui tisse sa toile
Publié le samedi 24 juillet 2010 à 09H00
MARNE.
De fausses promesses fleurissent dans les boîtes mails des internautes. Plusieurs Marnais s'y sont d'ailleurs laissé prendre. Naïfs, ouvrez les yeux !
ELLES courent sur le net depuis plus de dix ans. Et comme chaque année, période estivale oblige, les escroqueries reprennent de plus belle. Qui n'a en effet reçu, au moins une fois, ce genre de sollicitations. « Je suis en phase terminale de cancer, j'ai décidé de vous faire don d'une partie de ma fortune, ayez l'obligeance de me contacter ». Ou encore : « Je suis héritière d'une mine de diamants en Sierra Leone, je veux vous confier une partie de ma fortune s'élevant à 28 millions de dollars US, 15 % vous reviendront si vous m'aidez dans les démarches ».
Bien entendu, mais il est tout de même utile de le préciser, toutes ces annonces bourrées de fautes de grammaire et d'orthographe ne sont que de pures arnaques. Des escroqueries qui fonctionnent sous forme de chaînes sur la toile.
Explication
La plupart du temps basées en Afrique (ces arnaques apparaissent au Nigeria), de véritables entreprises collectent des milliers d'adresses mails, notamment via le réseau social Facebook. Une fois une ville ciblée et 400 ou 500 adresses courriels en poche, la danse peut commencer. Des centaines de fausses annonces sont envoyées en quelques minutes du bout des doigts par des bandes d'escrocs. « 1 million de dollar US », « 28 millions de dollars canadiens », « 33 millions d'euros ». Paradoxe, plus les chiffres énoncés sont énormes, plus les chances de réponses sont grandes. « Près de 10 % de ces annonces trouvent preneurs », selon les statistiques de la brigade financière. La plupart du temps, ces arnaqueurs de la toile laissent une simple adresse mail. Et parfois, un numéro de téléphone, généralement avec un indicatif renvoyant à des pays d'Afrique noire francophone (Côte d'Ivoire, Sénégal…) Depuis quelques semaines, au moins trois Marnais sont tombés dans les griffes de ces réseaux bien organisés, dénommés « Scam 4-1-9 », référence aux articles du code pénal nigérian punissant ce type de fraude.
Charles (ndlr : prénom d'emprunt) est veuf. Retraité du bâtiment, il vit chichement avec son chien et ses deux chats, au quatrième étage d'une tour de la périphérie rémoise.
« J'ai été con sur le coup »
Il y a un mois, alléché par une de ces annonces, il y répond. « J'ai mis le doigt dans un véritable engrenage. On m'a promis monts et merveilles, j'ai reçu des certificats d'avocats et de faux mandats de dépôt bancaires, J'y ai cru. On m'a demandé mes coordonnées bancaires pour effectuer le transfert. A ce moment, j'ai senti que les choses allaient trop loin et qu'il fallait mettre à terme aux sollicitations. Depuis, je reçois des coups de téléphone de relance presque tous les jours. Ils sont de plus en plus agressifs et me parlent de représailles. J'ai été con sur ce coup ». Car le but de ces truands n'est ni plus ni moins que de faire les poches des plus naïfs. Et ce, de deux manières. Soit par avance de frais inventés (avocats, douanes, banque ou taxes diverses) ; ou bien par communication des coordonnées bancaires. Soi-disant pour opérer le transfert de fonds. En fait, il s'agit pour les escrocs d'effectuer la manœuvre inverse, c'est-à-dire de mettre sur la paille le gogo. Ces arnaques peuvent engendrer des pertes de plusieurs milliers d'euros. Cas extrême, un citoyen américain a été abattu, il y a quelques mois au Nigeria, après avoir tenté de récupérer les sommes qu'il avait engagées. Mieux vaut jouer une grille de loto.
Th.D.
http://www.lunion.presse.fr/article/...tisse-sa-toile
"Though the pen is mightier than the sword, the sword speaks louder and stronger at any given moment." - Sir Roger Fenwick