Les nouvelles « cyberarnaques » africaines

Sophie

Samurai
http://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/03/09/les-nouvelles-cyber-arnaques-africaines_5092106_3212.html

Par Olivier Dumons et Joan Tilouine
LE MONDE Le 09.03.2017

C’est une autre menace technologique, invisible et sournoise. En Afrique de l’Ouest, les réseaux de cybercriminalité se sont considérablement renforcés et structurés ces dernières années. Ce ne sont plus seulement des amateurs utilisant des techniques basiques depuis des cybercafés mal équipés pour échapper à la pauvreté. Désormais, des experts bien formés lancent des offensives pour piller des individus ainsi que des entreprises de la région et d’ailleurs, selon l’étude réalisée conjointement par Interpol et le laboratoire de sécurité informatique japonais, Trend Micro, rendue publique jeudi 9 mars.

Une variable explique en partie la sophistication de ces nouveaux réseaux mafieux : plus de la moitié des 10 millions de diplômés des 668 universités de la région englobant la dizaine de pays situés en Afrique de l’Ouest ne trouvent pas d’emplois. Et de Bamako à Accra, en passant par Abidjan, Cotonou et Lagos, près de 50 % des gangsters œuvrant sur les territoires numériques sont des chômeurs.

Les « Yahoo boys », de redoutables amateurs

Une nouvelle génération de cybercriminels ouest-africains a émergé. Elle se compose de jeunes diplômés sans emploi, regroupés pour certains au sein de gangs virtuels, qui se vantent sur les réseaux sociaux de leurs cyberbraquages, échangent leurs techniques d’arnaques classiques et sophistiquées dans le monde réel. La plupart d’entre eux ont entre 19 à 39 ans.

Selon Interpol et Trend Micro, ils se répartissent en deux catégories. D’un côté, les « Yahoo boys » – du nom des outils gratuits du grand groupe de l’Internet américain qu’ils utilisaient autrefois. Ces novices du piratage informatique maîtrisent les outils et les techniques simples mais éprouvés depuis bientôt deux décennies pour séduire leurs proies en ligne, qu’ils tentent de harponner par e-mails. Ils n’inventent rien, n’innovent pas mais recyclent et améliorent continuellement – notamment dans la formulation et l’orthographe – les stratagèmes d’envoi de courriels de séduction, de propositions d’affaires ou des invitations à payer pour débloquer d’importantes sommes sur des comptes en banque. Cette « arnaque nigériane » a même hérité d’un nom de code, le « scam 419 » (scam est un mot anglais qui signifie « arnaque »), du nom de la loi 419 du code pénal nigérian qui tente de la combattre

Le plus souvent, ces « Yahoo boys » orchestrent plusieurs tentatives de fraudes en même temps et varient les scénarios. Ces gamins aiment à musarder sur les réseaux sociaux, à commencer par Facebook. Ils y repèrent régulièrement leurs victimes en utilisant de faux comptes. Et ils exhibent sur leurs pages officielles leurs butins transformés en bouteilles de champagne, montres, voitures et autres objets de luxe....
 
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